
Arrivé à Zanzibar vendredi, avec seulement quelques dollars, je me suis vite retrouvé samedi matin avec plus que 40 dollars. Deux distributeurs sont présents sur l’île mais impossible de retirer le moindre billet. Je ne sais pourquoi, mais je suis limité à 200 euros par semaine. Hors j’ai déjà utilisé cette somme pour payer mon billet d’avion car en Tanzanie on vous demande tout le temps de payer en cash. J’ai essayé dans les banques, dans les hôtels de luxe, dans les agences de voyage et bureaux de changes d’obtenir du liquide en échange d’un paiement par carte mais pas moyen. Depuis que les distributeurs sont sur l’île, ils ne prennent quasiment plus les paiements par carte. Uniquement du cash. Pour eux, si je ne peux avoir du liquide au distributeur c’est qu’il n’y a plus d’argent sur la carte. Ils ne veulent donc pas s’aventurer à un paiement par carte. Il me faut donc tenir deux jours avec cette somme. Cela veut dire pas d’excursion, pas de folie et surtout trouver un hôtel à moins de dix dollars si je veux manger à tous les repas. C’est dur ! Ca m’agace profondément. Je suis à Zanzibar, j’ai de l’argent sur mon compte et je ne peux y accéder. C’est très râlant. Adieu la route aux épices, adieux la forêt de Jozani et surtout adieu le snorkelling à Chumbe. Je suis très attristé. J’erre dans les ruelles de Stone Town à la recherche d’un miracle. Le gérant d’une guesthouse, comprenant mon malheur mais ne pouvant pas me dépanner, met à mon service un jeune zanzibarite. Nous partons à la recherche de la chambre à moins de 10 dollars. Dans la rue, il demande à différentes personnes. J’essaie tant bien que mal de me faire comprendre. A un moment on se retrouve à une dizaine. Souleymane, est un jeune qui parle un peu le français. Il traduit mon problème aux autres. Certains se proposent de m’avancer quelques dollars jusqu’à lundi tandis que d’autres, sur un ton d’humour me propose de faire le ramadan avec eux. Cela m’amuse et me fait oublier un instant mon agacement. L’ambiance est détendue et très agréables. Ces gens sont vraiment charmants et cela me touche. Finalement une solution est trouvée. Une guesthouse dans le sud de la ville (en fait moins de 10 mn du centre) propose des chambres à moins de 9 dollars avec électricité, ventilateurs, moustiquaires, sanitaires et douches communes. Nous nous y rendons de suite. L’endroit est propre et correct. Cela me convient. Il me reste 20 dollars pour quatre repas, cela devrait suffire. Je passe le reste de la journée à me promener dans les ruelles de la vielle ville à la découverte des portes splendides et battisses anciennes. Mais je ne parviens pas à oublier mon souci financier. Je râle encore.
Mes ennuis se terminent le lendemain. Je ne sais pourquoi, mais en me réveillant, je me suis dit qu’en fait chez les saxons, la semaine commence le dimanche et que je devrais donc pouvoir retirer aujourd’hui. Victoire !! Ca marche. Je peux retirer 175 dollars. Je saute de joie. Mais après un calcul rapide, cette somme ne me permet pas de tout faire n’y de faire des folies, mais je pourrais au moins allé sur la côte nord, à Kendwa, faire du snorkelling car là bas c’est moins cher qu’à Chumbe. Je pourrais aussi faire la forêt de Jozani et peut être la route des épices. Je me rends rapidement à l’agence ou je sais un guide francophone. Pas de chance, elle est fermée le dimanche. J’essai les autres. Fermés aussi. C’est la poisse. Je râle en nouveau. Je suis toujours condamné à rester à Stone town. Je visite le Muséum, les jardins de Forodhani, la vieille ville. Je commence à bien connaître cette ville au passé glorieux après deux jours d’errance.
Stone Town est une ville étrange. Rayonnante par le passé, elle n’est aujourd’hui que l’ombre de son ancien éclat. Maisons délabrées, port sans activité, Stone Town est à l’agonie. En cette période de ramadan, son cœur bat au ralenti. Zanzibar est à plus de 90% musulman pratiquants. Les ruelles sont désertes. Juste une âme par ci par là. La chaleur est lourde. Quelques touristes admirent les splendides portes des maisons usées, traces de l’ancienne prospérité. J’ai le sentiment que le touriste est à Zanzibar ce qu’est le Pace Maker au cardiaque. Un fil qui la tient en vie.
Plus loin, hors du centre, en bordure de la nouvelle ville, le marché. C’est un autre décor. La ville est là en effervescence. Ca grouille. « C’est donc ici que vous vous cachez tous !!! » C’est la danse des charrettes. Epices, bananes, raisins, papayes se succèdent au tempo du soleil. Tous les cinq mètres une nouvelle odeur enchante les narines. Un vrai délice. Enfin de la vie ! Pourtant je ne profite pas complètement. J’ai toujours en bouche l’amertume d’être coincé là alors que je pourrai être dans les jardins d’épices. Maintenant je râle de ne pas pouvoir profiter de cet instant car je voudrai être ailleurs. Je rentre dans un cercle vicieux. Que je suis con alors….
Lundi matin, je pars faire l’ouverture de l’agence. Une expédition sur la forêt de Jozani est possible de suite. Je n’hésite pas, je fonce. Nous voilà parti visiter cette forêt abritant le colobe rouge, espèce de singe présente uniquement sur l’île de Zanzibar. En fait, c’est une balade en forêt tropicale. Un guide, nous apprend le nom des différents arbres en swahili, en anglais et en latin. Au final, c’est si compliqué que je ne retiens rien. Notre guide connaît bien sa forêt ! Je suis en classe verte. Des écureuils, des crabes, un fourmilier et un serpent vert croisent notre chemin. Cette promenade est intéressante mais pas chargé d’émotions. C’est culturel. Nous rendons ensuite visite aux colobes rouges. Ces singes sont au bord du chemin, habitué à la présence de l’homme. Du moins en ce qui concerne cette famille. Huit familles sont recensées sur l’île. Celle-ci elle est la seule qui se laisse approcher. La visite se terminera par un parcours sur un petit pont de bois sillonnant dans une mangrove. C’est très joli ! Yves Duteuil serait inspiré par ce pont. Nous rentrons sur les coups de 13 heures en ville. Je passe l’après midi à continuer à me promener dans la vieille ville lorsque je tombe sur une agence de voyage. Je tente le coup voir si ils font du change à partir de la visa. Miracle ! Une réponse par l’affirmative. Je reste surpris, hébété. J’ai du mal entendre. Non ! J’ai bien entendu. Il a dit « Yes ». Comment ne l’ai-je pas vu plus tôt, ça fait au moins dix fois que je passe dans cette rue. Mais ma joie est de courte durée. Après trois tentatives, il ne parvient pas à être en ligne avec le service de Visa. La liaison de paiement par carte ne marche pas. Je suis déçu. Mais ma déception est de courte durée aussi, car notre ami sort de son tiroir, sa tirette et les papiers carbones. Il prend son combiné et téléphone au service Visa pour vérifier l’absence d’opposition sur la carte. Il me regarde et me dit « Hakuna matata ! How much dollars ». Ceux qui veut dire « Pas de problème ! Combien de dollars ». J’y crois à peine. Je suis aux anges ! Dix minutes plus tard, j’ai plus d’argent qu’il n’en faut pour passer un séjour agréable. Je pars le lendemain sur Kendwa, l’esprit libre, sans souci particulier.
Ca y est ! J’y suis. Me voilà à Kendwa sur les longues plages de sables fin blanc. Le lieu est très tranquille, très reposant. Il y a peu de monde. Trente personnes maximum, personnel de l’hôtel compris. Ce sont essentiellement de jeunes couples de 25 à 30 ans. L’endroit est une vraie carte postale. Quelques bungalows, quelques bandas font office de logement. Ici pas un hôtel en béton. Juste des cases au toit de palmes en bord de plage. Tout cela se fond à merveille dans le récif de la côte. Le lieu reste sauvage malgré toutes ces cahutes. Bien sur ce n’est pas l’île de Robinson Crusoé, mais ça pourrait. Quelques épaves de pirogues servent de décor. Au large, deux îles peuplés de palmiers se dessinent sur l’horizon.Quelques boutres viennent interrompre cette monotonie féerique. Allongée dans le hamac, je me laisse imprégné par cette tranquillité. J’apprécie, je me saoule les yeux et laisse mes oreilles s’enivrés de la brise. Je me laisse porter par le temps. Et si j’allais me promener un peu !!
La promenade est finie. Un aller retour le long de la plage, une baignade dans une eau si claire que je n’ai même pas oser y pisser dedans pour ne pas salir cette pureté et enfin un superbe couché de soleil que tous les couples viennent contempler en s’asseyant sur se sable si fin que l’on croirait de la farine. Ca respire l’amour. Epaule contre épaule, tête contre tête, joue contre joue, nez à nez, lèvres sur lèvres. A chacun son style. A cette heure ci, tendresse et paix sont les maîtres mots. C’est vraiment un bel endroit, c’est si reposant.
Le soleil est parti. La nuit est là. Je suis installé au bar. Un fond musical sur ambiance jazzy donne le ton. Une fille assise dans un hamac se balance au son du saxo. Sur chaque mouvement de retour elle laisse traîner la plante de ses pieds afin de recevoir une caresse sablée. C’est très charmant. Dommage que je ne puisse pas tenir une conversation en Anglais. C’est l’heure du repas. Ce soir je décide de me lâcher financièrement. Cocktail, fruit de mer et dessert. Après mes frustrations de Stone Town, l’heure est au plaisir sans limite, même si j’en ai déjà beaucoup eu aujourd’hui.
La nuit fut difficile. Mon lit est infesté de puces. Je passe une partie de la nuit dans le hamac sur la plage. Il est 9H00 du matin lorsque je monte dans le bateau qui nous mène à Mnemba, une île sur la cote est de Zanzibar, pour faire du snorkelling. Nous y arrivons après de deux heures de navigations légèrement mouvementées. Impatient, je me jette rapidement à l’eau. Elle est bonne. C’est parti pour la visite aquatique. Tout d’abord pas grand-chose, juste du sable. Puis apparaît très vite quelques poissons. Ils se font de plus en nombreux au fur et en mesure que je m’approche de la barrière de corail. Je suis émerveillé. Elle est vraiment belle. Je plonge la voir de plus près. Elle est roses, fushia, bleus, etc..Mais finalement ce sont les poissons qui me font le plus d’effet. C’est le ballet des formes et des couleurs. Ici c’est un poisson stupéfiant par l’éclat de ses couleurs. Du bleu vif avec du jaune canari tranche sur le fond turquoise de l’eau. Là, ça en est un autre par son aspect géométrique qui me fascine. Il est vraiment très bizarre. Plus loin une murène surgit d’un corail pour croquer un tout petit poisson. Un bout de lanière de mon masque passe devant la vitre. Je sursaute. J’ai eu peur. J’ai cru que c’était un poisson venant par derrière. J’avance en suivant tel ou tel poisson sans faire attention. Au bout d’un moment je me retrouve au milieu des coraux. J’ai quelques centimètres d’eau pour nager. Je palme très doucement car j’ai peur d’en casser quelques uns. Je n’ose pas toucher, m’agripper aux pierres pour me donner des impulsions qui me permettraient de sortir de cet endroit. Ouf ! Revoilà des fonds. Je reprends mes explorations. Au bout d’un moment je commence à avoir froid. Je ne sais pas depuis combien de temps je suis dans l’eau. Peut être une demi-heure, peut moins ou peut être plus. Je remonte sur le bateau. Je fais parti des derniers. En fait cela fait une heure que je barbote. Le temps passe vite quand on s’amuse. Je pense à ma petite Sophie de Hyères. Je suis sur qu’elle aurait adorée. Je pense aussi à Karine et Christa, mes deux amies avec qui nous avons fait du snorkelling sur les plages de Six Fours. Elles auraient été émerveillées aussi. « Je me réchauffe et après le déjeuner j’y retourne» me dis je. Je ne le sais pas encore, mais je n’y retournerai pas. Une fois tout le monde de retour sur le bateau, nous partons déjeuner sur la plage. Deux bouts de thon grillé, quelques bouts de pains et quelques morceaux de fruits. C’est un peu léger. Nous restons sur la plage jusqu'à 15h00 puis retournons sur le bateau pour rentrer à l’hôtel. La journée de snorkelling se termine. En fait, c’est plutôt une journée bateau agrémentée de 1h00 de snorkelling. Je reste quand même content, car le spectacle était beau. De plus, j’ai pu faire la connaissance de Thomas et Guity, un jeune couple de français très sympa qui passe quelques jours de vacance en Tanzanie. Nous dînons ensemble. Ils me parlent du Kili, du Sérengeti et de leurs précédentes vacances en Jordanie, Russie, Pérou... Je leur parle de notre aventure en Afrique. Je passe une agréable soirée en leur compagnie. Il suffit de voir l’étincelle dans leurs yeux quand ils parlent de leurs aventures pour comprendre qu’un jour ils partiront eux aussi pour un long trip sans organisation, libre de tout. Mais ils ne le savent pas encore…
De retour de Kendwa, je pars faire le tour des épices. J’ai adoré. Mon guide parlait un très bon français. Nous nous sommes promené pendant deux heures trente dans ces jardins aux multiples senteurs. Mon guide est un joueur. Il ne me donne jamais le nom de l’épice. A moi de trouver. Il me fait d’abord sentir. Si je ne trouve pas, il me donne un indice, puis un suivant jusqu'à ce que je trouve. Je trouve cette promenade très ludique. J’apprends que l’arbre de la passion et les poivriers doivent être planté au pied d’un autre arbre qui leur sert de tuteur. Que la vanille doit être piquée tous le matins très tôt a l’aube pour éviter que les abeilles ne viennent en butiner la fleur. Je découvre l’existence de bananes rouges ; que le curry est en fait une racine proche du gingembre. Que la cardamome est aussi utilisée dans les bains par les femmes pour que leur peau soit imprégnée de cette odeur qui permet de garder leur mari à la maison. Que La cannelle est appelée « la reine des épices » car tout est utilisé. L’écorce pour la poudre, les racines pour des décoctions et les feuilles en infusions. Que le giroflier est son époux : « Le roi des épices ». Il est entièrement géré par l’état. Tous les pieds de girofliers sont recensés. Il est interdit d’en abattre un sans l’autorisation de l’état. Des contrôles réguliers ont lieux dans les fermes. Gare s’il manque un pied, les sanctions sont très lourdes. Car ici, toutes les épices qui partent à l’exportation sont gérés par le gouvernement de Zanzibar. Là j’essaie de grimper à un cocotier à la méthode locale. Je ne peux pas faire plus de dix centimètres. Je suis mort de rire et mon guide aussi. Abdallah, un gamin de la ferme, montera me chercher une noix de coco que je mangerai tout seul après avoir bu tout le lait. Un délice ! On termine la balade par une séance dégustatrice. Après la valse des senteurs, c’est le tango des saveurs. Un thé à la citronnelle, un à la cannelle, puis un autre à la vanille, un dernier à la cardamome avant de finir par le café local. C’est la fête des papilles. Vient ensuite le tour des fruits. Un bout de Jack fruice, un fruit à la texture très douce. S’ensuit un morceau de corossol, un morceau de différentes oranges, de l’ananas, de la passion avant de terminer par la pomme d’eau, un fruit rouge très particulier et savoureux. Le tour est fini. Je suis très satisfait. J’ai beaucoup aimé. Abdallah, m’a tressé une cravate et une coiffe avec des feuilles des cocotiers, un panier avec des feuilles de bananiers et un masque avec une feuille d’ananas. Je les emporte. Mon escapade à Zanzibar s’achève.
Demain c’est le retour sur Arusha où je dois retrouver Virginie qui aura peut être réalisé son rêve. Vaincre le Kili ! |